Faire tomber les préjugés : les troubles de l’alimentation toucheraient plus de femmes d’âge moyen qu’on le croyait précédemment

Avouez-le : quand vous entendez les mots anorexie ou boulimie, vous pensez la plupart du temps à une adolescente qui se prive de nourriture ou qui se gave avant de se faire vomir. La recherche et les médias nous disent depuis toujours que les troubles de l’alimentation touchent surtout les jeunes femmes. Pourtant, une étude récente menée au Royaume-Uni a révélé un portrait plus complexe.

Selon cette nouvelle étude du Collège universitaire de Londres, les troubles alimentaires toucheraient environ trois pour cent des femmes dans la quarantaine et la cinquantaine, alors que d’autres études ont estimé que près d’une femme de 15 à 30 ans sur 100 aurait un diagnostic de trouble de l’alimentation.

Parmi les 5 300 Britanniques de 40 à 59 ans participantes, 15 pour cent avaient déjà eu un trouble alimentaire, dont 3 pour cent dans la dernière année. Il n’est pas rare qu’une personne soit aux prises avec un problème pendant plusieurs années avant d’aller chercher de l’aide.

Les troubles de l’alimentation : un fléau sans limites

Il semble que des milliers de femmes d’âge moyen vivent secrètement avec un trouble de l’alimentation apparu après un divorce, des problèmes financiers ou un deuil vécus durant cette période de leur vie[1]. Dans l’étude britannique, le problème le plus répandu était l’hyperphagie boulimique. De plus, même si beaucoup de ces femmes composaient depuis longtemps avec un trouble alimentaire, deux sur cinq l’avaient plutôt développé tardivement[2]. Bref, cette étude montre que les troubles de l’alimentation sont des maladies mentales chroniques qui peuvent se développer bien après l’adolescence.

Malheureusement, nombreuses sont les participantes qui ont avoué que c’était la première fois qu’elles parlaient de leur problème. Pourquoi ne vont-elles pas chercher de l’aide? Notre société est-elle à ce point obsédée par les régimes et le corps parfait que nous n’arrivons plus à reconnaître un véritable trouble de l’alimentation lorsqu’il s’enfonce dans un cercle vicieux?

Nous nous sommes entretenus avec Ann Kerr, directrice clinique de l’établissement Waterstone, à Toronto, qui traite les troubles de l’alimentation. Ann Kerr est ergothérapeute agréée et a travaillé en santé mentale pendant plus de 30 ans. Nous lui avons demandé ce qui, selon son expérience, pouvait causer un trouble alimentaire chez les femmes d’âge moyen : « Elles peuvent développer un trouble de l’alimentation en raison des changements de silhouette qui surviennent pendant cette période, notamment en raison de la ménopause et des variations de la répartition de la masse adipeuse. De plus, elles sont plus préoccupées qu’avant par leur image corporelle et se sentent davantage poussées à contrer la vieillesse et les signes de l’âge. Cependant, la cause la plus courante reste les problèmes sous-jacents liés à l’image corporelle, au poids ou à la silhouette vécus tout au long de la vie. »

Toujours selon Ann Kerr, il est possible que les femmes d’âge moyen évitent de demander de l’aide parce qu’elles préfèrent contrôler leur poids et leur silhouette elles-mêmes plutôt que de faire face aux émotions encore plus douloureuses à l’origine de leur trouble alimentaire. Il se pourrait aussi qu’elles considèrent ces troubles comme un problème d’adolescentes.

Les préjugés peuvent avoir une influence sur le diagnostic des troubles de l’alimentation : par exemple, les hommes en souffrent souvent en silence. En effet, pour un homme, souffrir d’une maladie mentale souvent associée aux jeunes femmes peut créer un sentiment de honte et faire en sorte qu’ils évitent de demander de l’aide. Dans une petite étude menée auprès de 470 hommes autrichiens de 40 à 57 ans, 32 hommes présentant des symptômes de troubles de l’alimentation avaient « des manifestations pathologiques significativement plus importantes selon des échelles évaluant le comportement alimentaire, la dépendance à l’activité physique et la satisfaction à l’égard de la forme corporelle et du poids[3] ».

Ann Kerr croit que les médecins ont un rôle à jouer un rôle dans le diagnostic des troubles alimentaires et le rétablissement des personnes touchées. « Il est clair que les médecins peuvent faire avancer les choses : ils peuvent donner de l’information et faire de la sensibilisation, en plus de dispenser des soins adaptés aux patients présentant des facteurs de risque. Certains pourraient préférer traiter eux-mêmes les patients à l’aide de la technique d’entrevue motivationnelle ou d’une thérapie cognitivo-comportementale, ou procéder à l’aiguillage et au suivi des patients. »

Les troubles de l’alimentation ne sont pas exclusifs aux jeunes; c’est une maladie mentale qui frappe sans égard au groupe d’âge, au sexe ou à la race. Si vous ou une de vos connaissances souffrez d’un trouble comme l’anorexie, la boulimie ou l’hyperphagie boulimique, sachez que nous pouvons vous aider.

Semaine de sensibilisation aux troubles alimentaires – Du 1er au 7 février 2017

Le 6 février prochain, la clinique Waterstone et la Fondation Waterstone tiendront à Toronto une soirée d’information gratuite et ouverte à tous dans le cadre de la Semaine de sensibilisation aux troubles alimentaires 2017 (#SemTA2017). Cette soirée, animée par le Dr Blake Woodside, M. Sc., M.D., FRCPC, portera sur les nouveaux traitements des troubles de l’alimentation.

Pour de plus amples renseignements, cliquez ici ou visitez la section des événements de la clinique Waterstone. Cet événement sera particulièrement pertinent pour les familles, les enseignants ou toute autre personne ayant un intérêt particulier pour le traitement des troubles alimentaires.

La clinique Waterstone offre également un webinaire clinique pour les professionnels de la santé qui veulent en savoir plus sur le traitement de l’hyperphagie boulimique. Cette activité aura lieu le 7 février prochain, de 13 h à 14 h (HE), et sera animée par le Dr Allan Kaplan, M. Sc., M.D., FRCPC. Pour obtenir des détails ou vous inscrire en ligne, rendez-vous au lien suivant : https://attendee.gotowebinar.com/register/4033983197950304003.

[1] http://www.telegraph.co.uk/news/2017/01/17/study-uncovers-hidden-epidemic-eating-disorders-middle-aged/

[2]« Thousands of middle-aged women suffering eating disorders in secret », Times (Londres, Royaume-Uni), 17 janvier  2017, p. 6. [http://go.galegroup.com.ezproxy.lib.ryerson.ca/ps/i.do?p=AONE&sw=w&u=rpu_main&v=2.1&it=r&id=GALE%7CA477779213&sid=summon&asid=451bf93c974cccd5eed943b9b53f4f9f].

[3] Mangweth-Matzek, B., K. K. Kummer et H. G. Pope. (2016). « Eating disorder symptoms in middle-aged and older men », International Journal of Eating Disorders, vol. 49, no 10, p. 953-957. doi : 10.1002/eat.22550.

 

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