« Revenir » a plusieurs significations pour les toxicomanes en rétablissement.

Par Jeff Vircoe

« Revenir » : qu’est-ce que ça veut dire pour les personnes en rétablissement?

Ce qui est certain, c’est qu’on se fait vite une idée. Que vous soyez en rétablissement depuis 5 mois ou 64 ans, ce message retient l’attention. Il ne déclenche peut-être pas les passions, mais il peut être interprété de nombreuses façons par ceux qui l’entendent souvent. Mais une chose semble inévitable : il fera son chemin en vous.

Comme beaucoup d’autres, Jeremy H. a eu de la difficulté avec les « mantras » de ce genre, qu’il a entendu dans les rencontres après son séjour à la clinique Edgewood, en 2007.

« Comme nouveau venu, je trouvais cela agaçant. Ça sonnait comme du langage religieux », se souvient-il. Il raconte qu’après son traitement, il combattait ses vieilles idées sur ce qu’il devait faire pour rester sobre. Pour ce qui est de « revenir », l’acceptation et l’ouverture d’esprit ont fini par donner leurs fruits.

« J’étais conscient que mon ancienne façon de penser n’avait pas fonctionné, alors j’ai accepté la suggestion, toujours, même si ça m’énervait. Ceux qui me la faisaient possédaient quelque chose que je voulais et dont j’avais besoin. »

Avec le temps, Jeremy a changé sa façon de voir les choses. Aujourd’hui, à 53 ans et après presque 10 ans en rétablissement, il a pleinement compris le sens du message.

« Pour moi, “reviens” signifie que je dois continuer de participer à cette communauté et d’appeler mon parrain ou ma marraine. Le but, c’est de toujours renforcer le message de rétablissement; ce peut être un nouveau venu qui me raconte les horreurs que l’on voit aujourd’hui, ou un ancien qui me parle des choses qui peuvent encore s’améliorer. »

Une autre ancienne patiente associe l’expression à la persévérance et à l’importance de l’entraide.

« Nous avons un seul objectif, soit d’aider les autres à devenir sobres », affirme Kella N., qui a séjourné à la clinique Edgewood en 2003.

La résidente de Comox, en Colombie-Britannique, poursuit : « Dire “reviens”, c’est inviter les gens à repasser nous voir; nous savons que le simple fait de venir régulièrement aux rencontres améliore les choses. Avec le temps, la douleur s’estompera. Il faut simplement venir aux rencontres, lire le livre, suivre les étapes, prier et se trouver un parrain ou une marraine ainsi qu’un groupe d’attache. »

Le fait qu’elle a le rôle de passeuse de tradition, de courroie de transmission du message, la fait bien rire.

« Je dois sonner comme un disque qui saute, mais j’ai l’impression qu’il faut faire tout cela pour changer notre façon de penser. »

Pour une personne nouvellement sobre, « reviens » peut être très important.

En rétablissement depuis seulement cinq mois, Michelle se rappelle avoir entendu ce mot durant les premiers temps, qui ont été difficiles.

« La vie peut être décourageante pour une nouvelle venue. Mais pour bien comprendre le programme, il faut être assidue », souligne-t-elle.

Tenant désespérément le coup durant ses deux semaines d’attente pour une place à Edgewood, Michelle a assisté aux rencontres. Pour elle, le message de « reviens » tenait à une seule chose : « ne lâche pas ».

« Ça veut dire s’habiller et se pointer. Même si on ne sait pas trop ce qu’on fait. On ne connaît pas le programme, les 12 étapes. C’est simplement une question de revenir aux rencontres et d’aller chercher de l’aide », dit-elle.

« Alors, je suis revenue!, lance-t-elle en riant. Chaque jour. C’est comme ça que j’ai pu rester sobre jusqu’à ce que j’aie une place à Edgewood. »

Toutefois, certains ne sont pas friands de ce genre de maximes, de mantras ou de slogans – sauf s’ils mettent Dieu à l’avant-plan.

Sur son blogue Real Live Recovered Alcoholic, Danny S. affirme que le mot d’ordre « reviens » n’est qu’« une autre de ces platitudes ridicules pour un rétablissement de surface, même si elle a une origine noble. »

« Ceux qui viennent tout juste d’arriver, ceux qui n’ont pas encore été contaminés par ces dictons nuls de AA version diluée, ce n’est pas eux le problème. C’est plutôt le gars qui a passé un certain temps à “aller aux rencontres” et qui s’est fait laver le cerveau avec le jargon du rétablissement, les mantras de l’industrie de la cure et n’importe quoi ayant l’apparence d’une psalmodie des AA. Bon Dieu! C’est vraiment une tâche ingrate de déprogrammer ce genre de personne. Parfois, ça semble impossible ».

Il n’est pas d’accord avec le principe voulant que « si ça marche, c’est bien ».

« Si vous voulez une vraie solution à l’alcoolisme, allez vers Dieu. Et si vous n’avez aucune idée d’où il est ou de comment le trouver, demandez à quelqu’un qui connaît le chemin, qui pourra vous indiquer la bonne direction. Ou encore, attendez d’être frappé par la foudre, ça pourrait aussi fonctionner ».

On ne s’étonnera pas que Danny ait une piètre opinion des conseillers dans le domaine du traitement de la dépendance. Mais on comprend le message. Sa conception tient de la vieille école : l’alcoolisme est un problème dont la solution se trouve dans Dieu et dans le « dégonflement » de l’ego.

Dans les rencontres, les points de vue et les interprétations sont nombreux. Parfois, « reviens » peut être transmis et compris de la mauvaise façon, en fonction des personnes.

C’est arrivé à certains, ce qui a cristallisé leur opinion.

Dave L., de Powell River, est devenu sobre à la fin des années 1980. Cela fera donc bientôt 27 ans.

« Pour moi, ça voulait dire : “reviens, quoi qu’il arrive”. C’est ce que ça voulait dire au début, explique-t-il en haussant les épaules. Maintenant? Ça veut dire exactement cela : “reviens”! Reviens toujours. Tu comprendras, ça viendra. Ça concerne particulièrement ceux qui ont de la difficulté, qui vont et qui viennent ».

Mais pour certains membres, cette notion de va-et-vient et son lien avec le mot d’ordre « reviens » sont dérangeants.

« Quand je suis devenu sobre, qu’est-ce que je pensais de ce message? Pour moi, ça voulait dire que peu importe ce qui arrive, je dois revenir aux rencontres, car c’est là que je trouverai des réponses », raconte Lauren M., une conseillère en toxicomanie de Nanaimo, sobre depuis près de 30 ans.

Pour elle, le sens du message de « reviens » a changé au cours des années et rend maintenant acceptable une situation dangereuse où l’on peut entrer et sortir.

« Personnellement, je n’ai jamais eu de problème avec “reviens”. Mais j’avoue avoir de la difficulté quand des gens s’en servent pour rationaliser ou justifier leur consommation : “reviens, c’est correct si tu continues à te soûler.” », confie-t-elle avec un hochement de tête désapprobateur.

« Pour moi, ce n’est pas ce que ça voulait dire. Bien sûr, certains en profitaient et collectionnaient les “médailles de 24 heures”. Mais aujourd’hui, je trouve que dans certains endroits, on ne semble pas faire grand cas du va-et-vient; on l’encourage même, d’une certaine façon. Comme si c’était acceptable, ajoute-t-elle. “Reviens” doit toujours agir comme un contrepoids – parce que c’est ici que le miracle se produira – et non être une façon d’encourager la rechute parce qu’elle ferait partie du rétablissement. Vous savez, ce n’est pas forcément le cas. »

Renee L., une autre femme comptant plusieurs années en rétablissement, est d’accord. Elle est devenue sobre à Calgary en 1987, et si tout va bien, elle fêtera ses 30 ans de rétablissement cet été. Pour elle, le message véhiculé par « reviens » change à mesure que la personne chemine dans la sobriété.

« Cette idée de la porte ouverte est très bien en soi et encourage les gens à persévérer dans le rétablissement, peu importe ce qui arrive. “Reviens” est un mot d’ordre qui s’inscrit dans notre troisième tradition : le désir d’arrêter de consommer est la seule condition pour être membre. Quelle que soit la situation, reviens aux rencontres, reviens voir ton parrain ou ta marraine, reviens vers le rétablissement. La porte est toujours ouverte; il n’en tient qu’à toi ».

« Mais parfois, ce message peut prendre un autre sens. J’ai déjà assisté à une rencontre où un jeune homme a avoué – et je l’admire pour ça – l’utiliser comme excuse pour recommencer à consommer, encore et encore, et pour ne pas s’engager sérieusement dans le rétablissement. Sa raison? Quand il revenait aux réunions, tout le monde le comblait d’attentions, et ça flattait son ego. Comme le chien de Pavlov, il avait associé une récompense avec le fait de consommer. Cette confession a été pour lui une métamorphose, et il est resté sobre à partir de ce moment. »

Renee ajoute qu’on pourrait proposer un équivalent contraire à « reviens ».

« Des années plus tard, j’ai entendu un gars dire : “ne reviens PAS; RESTE plutôt”. Reste… Il faut laisser son ego à la porte et s’engager, parce que toute cette attention, aussi séduisante soit-elle, ne nous fait pas revenir… elle nous fait continuer à consommer ».

« Et si je franchissais la porte, aujourd’hui, pour aller consommer? Est-ce que je serais seulement capable de revenir? J’aime mieux ne pas courir le risque, alors je préfère rester. »

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